Crises récurrentes des étudiants et Enseignants en RDC : une manifestation violente de 60 années de faillite des politiques publiques de l’éducation… les Etats généraux du secteur s’imposent

Le contexte dans le secteur de l’éducation, depuis plusieurs années est caractérisé par la violente crise des étudiants, les mesures sur la gratuité de l’enseignement de base qui ont créé aussi une série des débats et crises chez certains groupes d’enseignants. Bref, le problème fondamental semble se situer au niveau des politiques publiques de l’éducation menées depuis 60 années, qui ont fait faillite.
Pour mettre fin durablement à toutes ces crises, il semble urgent que le Président de la République convoque les Etats généraux de l’Education. Le document présent propose un bref diagnostic de notre système éducatif, un effort de définition de ce que pourrait être un projet éducatif national, quelques grandes réformes indispensables, quelques mesures immédiates à prendre et enfin l’épineuse question du financement de l’éducation.
Par cette réflexion, je voudrais apporter ma contribution à la recherche des pistes de solution.

A. BREF DIAGNOSTIC ET DÉFINITION DU PROJET ÉDUCATIF NATIONAL
1. Les origines de l’école congolaise : le projet éducatif colonial
L’école européenne a été instaurée en RDC, en 1890. Elle marquera le début du processus d’acculturation qui est une composante essentielle du projet colonial : il faut intégrer progressivement l’indigène aux valeurs de la « civilisation ». Dès 1906, la convention établie entre le Saint-Siège et l’Etat indépendant du Congo confie à tout établissement de mission catholique la charge de créer une école où
les indigènes recevront l’instruction. Il faut former, pour le nouvel Etat colonial, des agents subalternes efficaces et dévoués, chez qui il faut inculquer l’amour de la métropole et la sympathie pour l’entreprise coloniale. Le projet éducatif se caractérise par la mise en vedette de traits culturels à favoriser, à imposer aux colonisés et à intégrer progressivement dans leurs coutumes comme dans leurs
comportements : une éthique de l’autorité, avec comme référence pertinente le pouvoir de Dieu, celui du colon, celui du chef reconnu par les colons, une réorganisation de l’espace mental du Congolais.
En juillet 1890, le Roi des Belges, par un décret, décide de la création des colonies d’éducation. Il faut créer progressivement, dit le décret, deux forces pour la mise en valeur et la construction du Congo : une armée constituée de Congolais dressés à servir les idéaux du pouvoir colonial, d’où seront issus par ailleurs de nombreux dirigeants congolais des années 60 et, d’autre part, la formation des
hommes capables de contribuer à la maîtrise du territoire et à son exploitation. Il s’agit donc de privilégier une instruction utilitaire susceptible de conduire les jeunes congolais pris en main à une technicité manuelle ou professionnelle rentable pour le jeune Etat colonial.
Quand on examine les programmes de l’école rurale, celle-ci est orientée en vue d’asseoir les bases de l’ordre colonial, de concert avec les Missions catholiques. Les causeries générales et les leçons d’intuition sont les plus importantes du programme. Pour les promoteurs de cette école, l’enfant acquiert dans le milieu où il vit, à côté de quelques notions exactes, une foule de notions fausses et aberrantes. Ainsi, l’enseignement a un objectif avoué : il s’installe
comme cadre de conversion des esprits.
Le niveau de l’enseignement lui-même, comparé à celui de la métropole, était très bas, les structures scolaires étant conçues à la mesure de l’ignorance supposée des colonisés.
C’est seulement en 1954 que le ministre libéral belge de l’époque introduit l’école laïque au Congo et préconise l’ouverture de lycées et collèges, dont les programmes seront à tous points identiques à ceux de la métropole. Dès 1956, d’importantes corrections sont apportées aux programmes d’enseignement. En 1958, on s’achemine vers l’instauration au Congo d’une nouvelle structure de l’enseignement. L’Université Lovanium est créée en 1954, l’Université Officielle du
Congo sera créée, elle, en 1956. Cette évolution ne peut masquer le projet éducatif lui-même : l’établissement d’une école européenne au Congo marque un nouvel ordre culturel, conforme à la vitalité d’une nouvelle perspective
historique. Le Congolais est préparé à contribuer à l’érection d’un nouvel ordre social et culturel. L’école est un lieu de conditionnement.

2. 60 années d’une école néo-coloniale
A la veille de l’indépendance, l’Université Lovanium met à la disposition du futur nouvel Etat sept diplômés en sciences économiques et sociales, un psychopédagogue et un agronome. De nombreux cadres belges quittent le pays, qui traverse une crise politique grave, dès le lendemain des festivités de l’indépendance. Dans ce contexte, la priorité pour le nouveau pouvoir est de former vite de nouveaux cadres. Il faut former des cadres pour accélérer le développement du pays. Mais, cette formation se révèle une continuation de l’ancien système. Sans projet politique d’indépendance réel, l’éducation n’a
pas d’objectifs clairement définis. L’erreur ici a été de croire qu’éducation rime automatiquement avec développement. Mais quelle éducation, pour quel développement?
Sans doute, l’enseignement intervient dans le développement comme une
des variables à combiner et à intégrer avec d’autres facteurs qui, en RDC, n’ont pas été favorables au développement :
– les effets de la domination impérialiste coloniale sur la RDC ;
– la caste au pouvoir est économiquement, culturellement et
politiquement dépendante des pays industrialisés ;
– les organisations internationales qui interviennent sans cesse dans la vie économique et sociale de la RDC, dont les objectifs sont conçus en fonction des conditions et des intérêts des pays riches et exécutés par un corps d’« experts contrôlés par eux. L’action de ces organismes peut à la limite déstabiliser et désarticuler complètement la société qui reçoit cette aide : le FMI a conseillé le licenciement de 40.000 enseignants en RDC en 1984. Un tel procédé dans un pays
majoritairement analphabète laisse perplexe.
Dans ce contexte général, après 60 années, le système éducatif congolais dégage un bilan catastrophique :
– le manque d’un véritable projet national d’éducation pour le développement, corollaire d’un projet global d’un développement endogène ;
– un accroissement des effectifs des élèves sous la pression de la demande et de la poussée démographique ;
– une augmentation parallèle du nombre d’enseignants ;
– une infrastructure qui se dégrade de plus en plus, de moins en moins suffisante par rapport à la demande, une pénurie quasi permanente de moyens financiers et de matériels pédagogiques ;
– la baisse de la qualité de l’enseignement due aux causes ci-dessus, mais aussi à l’inadaptation des programmes et l’insuffisance de qualifications, la démobilisation et la démotivation des enseignants.
Des organismes privés, des confessions religieuses plus ou moins connues et les consulats de certains pays étrangers (France, Belgique, Etats-Unis, etc…) suppléent les carences de l’Etat et organisent des enseignements qui, malgré leurs qualités, possèdent quatre caractéristiques inquiétantes :
– l’insuffisance du contrôle de l’Etat dans la formation d’une partie de sa jeunesse;
– ceux-là même qui devaient améliorer la qualité de l’enseignement en
RDC y placent leurs enfants, moyennant d’importants efforts financiers
;
– l’implantation de ces écoles dans les grandes villes contribue à la
formation d’une «élite» appartenant aux familles qui possèdent le
pouvoir politique et financier ;
– le caractère extraverti de la formation n’intéresse que le pays qui finance ;
– la libéralisation sauvage de l’éducation ayant occasionné l’anarchie
dans la gestion du secteur éducatif.
Ecoles congolaises ou écoles consulaires et confessionnelles, ces
écoles jusqu’à ces jours contribuent avant tout à reproduire la
dépendance vis-à-vis des modèles importés. Les valeurs communes et les
besoins réels de la collectivité nationale ne sont pris en
considération que comme des négatifs dont les originaux se trouvent
ailleurs.

3. Redéfinition du rôle de l’école dans la société congolaise de
demain et impératifs
Mettre fin à la crise de l’éducation et à la faillite des politiques
publiques dans ce secteur, c’est d’abord redéfinir le rôle de l’école
dans la société congolaise. Depuis plus d’un siècle, l’école
congolaise est la principale voie de promotion sociale. Le diplôme a
été et est encore la base du succès dans un pays où les possibilités
d’épargne ou d’accès aux capitaux, nécessaires pour devenir chef
d’entreprise par exemple, sont difficiles. L’illusion que le
développement économique était synonyme du développement de
l’enseignement s’était imposée depuis 1960, d’autant plus facilement
qu’elle était une réaction contre l’idéologie et la pratique
coloniales (8 diplômés d’université en 70 ans).
Sur le plan des conditions économiques objectives, la logique d’une
économie extravertie, dont le surplus économique est pompé par les
pays riches, avec un marché étroit, sans capitaux nationaux
suffisants, limite les possibilités de création d’une véritable
bourgeoisie économique nationale, capable de créer des richesses,
d’enrichir l’Etat et donc de lui donner les moyens de financer
l’école, mais aussi de créer les emplois afin d’absorber les cadres
formés par cette école. Comment, dans ce contexte, redéfinir le rôle
de l’école chez nous pour en faire une école pour le développement ?
Former pour le développement endogène devra être, former le
Congolais à l’autonomie tant politique, économique que
socio-culturelle. C’est former les hommes de telle sorte que leur
créativité sociale soit renforcée et fortifiée. C’est rendre les
hommes capables d’assumer la responsabilité de la progression de leur
propre niveau de vie, de l’élévation de leur niveau de conscience.
L’école nouvelle doit doter le pays des hommes capables de contribuer
à la maîtrise du territoire national, à sa mise en valeur pour une
croissance soutenue, durable et équitable.

L’école nouvelle doit s’installer comme l’antithèse de l’école
coloniale et néocoloniale. Elle doit s’installer comme cadre de
libération des esprits et de désaliénation. Elle devra être celle qui
répond de manière conséquente aux besoins réels de développement
endogène.
L’école nouvelle doit marquer en RDC un nouvel ordre politique,
économique et socio-culturel, conforme à la vitalité de la nouvelle
perspective qui a pour contour : démocratie, développement endogène et
durable, Etat de droit, respect des droits de l’homme,
décentralisation, dynamique des services publics et combat pour
l’unité africaine.
Les structures de l’enseignement, les programmes, les contenus des
cours, la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques, le
calendrier scolaire, le matériel didactique doivent être conçus en
fonction de ce projet éducatif nouveau.
La réussite de la nouvelle politique de l’éducation dépend aussi
d’une série de préalables pratiques, sans lesquels la répétition des
travers que nous condamnons reste toujours possible :
1) Un Etat laïc, seul formateur du citoyen, définit les programmes,
organise l’enseignement et sanctionne les études. Il peut,
conformément à la législation en vigueur, confier à des organismes
privés ou des confessions religieuses la gestion des écoles ;
2) Une véritable décentralisation devra faire respecter les mesures et
les décisions de ceux qui travaillent sur le terrain, au niveau des
circonscriptions locales ;
3) Les conditions d’hygiène et d’alimentation des enfants doivent être
réunies pour la réussite de toute formation ;
4) Une volonté politique qui puisse définir les conditions de
réaménagement d’un espace linguistique dans lequel toute la population
peut trouver des outils de communication adéquats, qui facilitent les
échanges entre ses membres et l’acquisition des connaissances. Ce
choix d’une nouvelle ou de nouvelles langues d’enseignement n’implique
pas la disparition des locuteurs et des études en langue française,
mais l’instauration d’une nouvelle distribution linguistique destinée
à ouvrir d’intéressantes perspectives d’apprentissage d’autres langues
internationales.

B. LES GRANDES REFORMES
1. Revitalisation et universalisation de l’enseignement de base
L’objectif d’un enseignement de base pour tous doit être retenu. Cet
objectif ne concerne pas seulement l’augmentation des effectifs
scolaires, qui est un objectif à long terme, mais d’abord la qualité
de l’enseignement, qui est un objectif immédiat.
L’enseignement de base doit être orienté non seulement vers
l’acquisition efficace d’une identité propre, mais aussi vers la
fourniture d’une réponse aux besoins économiques, sociaux et de
développement d’ensemble. L’enfant doit savoir qu’il vit dans un pays
sous-développé, qui a à faire face à certaines contraintes internes et
externes, il doit être entraîné à donner des réponses à ces problèmes
en partant déjà de problèmes qui sont liés à son environnement
politique, économique et socio-culturel immédiat.
Pour améliorer la qualité de l’enseignement de base, et lui faire
jouer son rôle tel que nous le définissons, il faudra :
– relever le niveau de compétence professionnelle des enseignants ;
– surveiller la qualité des écoles et s’assurer que les élèves
acquièrent effectivement des facultés cognitives et n’ont pas
simplement des connaissances apprises de mémoire ;
– veiller à ce que les programmes et le matériel pédagogique soient
adaptés à l’environnement congolais ;
– étudier les conditions optimales de l’utilisation des langues
locales dans l’enseignement ;
– promouvoir la mise en place d’infrastructures opérationnelles.

Si l’amélioration de la qualité de l’enseignement est primordiale et
représente la priorité immédiate, à long terme, nous devons augmenter
les effectifs, notamment ceux des filles. On ne connaît pas le taux de
scolarisation par sexe en RDC, mais si l’on se réfère à la moyenne
africaine que donnent les statistiques internationales, les filles ne
représentaient il y a quelques années que 44% des effectifs du
primaire, 34% de ceux du secondaire et 21% de ceux du supérieur. Les
probabilités d’abandon d’études sont plus grandes pour les filles que
pour les garçons, en partie parce qu’on a besoin d’elles pour les
travaux ménagers et qu’elles sont facilement abandonnées à la vue.
L’analphabétisme est beaucoup plus répandu parmi les femmes
(assujetties au modèle culturel dominé par l’homme).
L’inégalité des sexes devant l’éducation coûte cher. Il est prouvé
que l’éducation de la mère peut être l’élément le plus déterminant
pour la santé, et la nutrition de la famille et que l’instruction
renforce la productivité agricole. Elle peut faire baisser la
fécondité soit directement, soit en faisant mieux connaître aux femmes
l’existence de la contraception, soit directement en réduisant la
demande d’enfants puisque les femmes par une activité économique plus
grande, verront s’ouvrir à elles des possibilités accrues de revenus
ou en reculant l’âge du mariage et en réduisant, de ce fait, le nombre
d’années où la femme est en âge de procréer.
Améliorer la qualité de l’enseignement de base et accroître les
effectifs, c’est consacrer un pourcentage plus important du P.I.B au
secteur de l’éducation et accroître graduellement la part de
l’enseignement de base dans le budget de l’éducation.
On peut, en attendant plus des moyens, mieux utiliser les ressources
actuelles, en améliorant par exemple le système actuel de classe à
double vacation, en réaménageant l’année scolaire : gagner 2 années en
organisant un enseignement utile et efficace, de sorte qu’en un
semestre un contenu d’un enseignement de qualité, dépouillé de tout
l’héritage des matières inadaptées, soit donné à l’élève, au lieu d’un
an. Et puis, en redoublant, l’élève perd 6 mois au lieu d’un an.
L’utilisation de la radio et de la télévision peut permettre
d’enrichir l’environnement scolaire et améliorer la qualité de
l’enseignement.
Les abandons et les redoublements font augmenter le coût de la
formation par élève qui termine l’école primaire. Dans bien des cas,
les phénomènes sont dus aux incapacités mentales causées par une
mauvaise nutrition. On devra développer des interventions appropriées,
comme des programmes de repas scolaires bien ciblés. Ces programmes
pourraient améliorer l’aptitude à apprendre et réduire les taux
d’abandon ou de redoublement.

2. Enseignement secondaire : développer la rigueur de la pensée,
l’esprit de décision et l’imagination créatrice
A ce niveau, les objectifs d’une éducation à l’autonomie, à la
compréhension des problèmes qui se posent dans le pays et
l’entrainement à y donner des réponses doivent être renforcés, poussés
plus loin qu’au niveau de l’enseignement de base.
Par ailleurs, la consolidation des connaissances va de pair avec la
maturation de l’enfant : l’élève doit faire preuve des capacités en
communication et en expression écrite et orale. L’enseignement devra
entraîner les adolescents à des techniques et à des méthodes qui les
habituent à l’observation et à l’exploitation raisonnée des
formations, à l’organisation de leurs résultats, à l’appréciation
critique de leur valeur, à l’intégration dans un pays de
développement.
Combinant analyse et synthèse, les enseignements au niveau secondaire
devrait aider à développer la rigueur de la pensée, l’esprit de
décision, l’imagination créatrice. Cette formation, bien
qu’intellectuelle, permettra l’exercice des capacités pratiques,
l’affinement de la sensibilité et le renforcement du sens de la
responsabilité.
L’enseignement secondaire reçoit beaucoup de demandes d’accès venant
de l’enseignement de base. Elles sont sans cesse croissantes. Dans ce
domaine comme au niveau de l’enseignement de base, l’expansion ne doit
pas prendre le pas sur l’amélioration de la qualité.
La plupart des mesures préconisées sur l’enseignement de base sont
applicables au secondaire concernant les enseignants, la surveillance
de la qualité des écoles, la réforme des programmes, etc…

3. Enseignement supérieur, formation professionnelle et préparation à
l’emploi : l’exigence de l’excellence
Pour survivre et faire face à la concurrence dans le monde moderne,
notre pays aura besoin non seulement des citoyens qui sachent lire,
écrire et compter, mais aussi des spécialistes hautement qualifiés et
compétents pour faire de la recherche de haut niveau, formuler les
politiques et mettre en œuvre des programmes. Les établissements
d’enseignement supérieur doivent pouvoir être en mesure d’assurer,
pour un coût qui soit et qui demeure en rapport avec les moyens du
pays, une formation dans les domaines universitaire et professionnel
adaptée aux divers environnements de travail en RDC.
Une des premières grandes réformes pourrait être la création des
écoles de formation et de perfectionnement de cadres (E.F.C). A court
terme, une par province ou région et, à moyen et long terme, plusieurs
en fonction de la demande. Ces écoles formeront des animateurs du
développement à côté des écoles techniques traditionnelles. On y
trouvera des filières en rapport avec la gestion et la promotion des
P.M.E, la gestion des services publics, la gestion des pôles des
santés primaires, les animateurs ruraux et agricoles, les cadres
moyens des unités d’entretien et de réparation des routes.

A moyen terme, il faudra créer autant d’universités qu’il y a de
provinces avec au moins les facultés d’agronomie, les sciences des
ingénieurs, les sciences naturelles, la gestion macro et micro
économiques, la médecine, la gestion des services publics et le droit.

a) L’enseignement supérieur en général

Les connaissances scientifiques et technologiques sont en train
d’ouvrir des horizons entièrement nouveaux en dehors de la RDC et du
continent africain en général. Nous devons mettre en place dans nos
universités quelques programmes de troisième cycle universitaire de
niveau mondial en sciences et techniques si nous voulons avoir accès
aux nouvelles frontières de la science et de la technique.
Notre situation actuelle nous met en incapacité de nous préparer à
profiter de l’expansion des frontières de la connaissance. Notre
enseignement supérieur se caractérise par un ensemble incongru de
filières, une surproduction de diplômés de qualité inférieure à des
coûts élevés.

Malgré l’accroissement du nombre de diplômés et du nombre des chômeurs
diplômés, il n’y a pas assez de gens qualifiés dans des domaines tels
que les sciences, l’ingénierie et la vérification des comptes, ainsi
qu’aux échelons supérieurs de la comptabilité et de la gestion. Le
nombre de professeurs demeure insuffisant dans les sciences, les
mathématiques et d’autres domaines spécialisés. Il y a pléthore de
diplômes dans certaines disciplines et pénurie dans d’autres.
L’exode des cadres peut aussi fournir une explication à la pénurie de
techniciens de haut niveau. Cette migration s’explique par la chute
des revenus réels, qui a rendu attrayantes les rémunérations offertes
outre-mer. D’autres facteurs sont les mauvaises conditions de travail
et l’instabilité politique. Il y a eu aussi une importante migration
des Congolais qualifiés en Afrique : au Gabon, en Côte d’Ivoire, au
Nigéria, Rwanda, etc… La RDC est devenue un des pays africains qui
comptent un grand nombre d’intellectuels sortis du pays pour des
raisons professionnelles et qui sont devenus des « mercenaires ».
Des mesures radicales s’imposent afin d’améliorer la qualité,
réduire les coûts par étudiant et par diplôme, contenir les effectifs
dans les filières qui ne favorisent pas le développement.
A plus long terme, il faut améliorer et maintenir cette qualité par
la création de programmes d’excellence pour les études du niveau
troisième cycle et pour la recherche. En créant ce genre de programme,
notre pays offrira à ses meilleurs étudiants une alternative
intéressante aux études à l’étranger, et inciter les chercheurs des
universités à poursuivre leurs travaux au pays et par le fait même, on
s’attaquera au problème de l’exode des cerveaux. Par souci d’économie
et de qualité, ces programmes ou centres d’excellence devront être
conçus dans un cadre régional (Africain).

b) La formation professionnelle

Dans ce domaine, nous avons besoin d’un cadre institutionnel cohérent.
Nous ne pourrions améliorer la qualité de la formation
professionnelle qu’en l’orientant vers la satisfaction de la demande
d’emplois, en intensifiant la participation des employeurs et en
renforçant la transition entre formation et emploi. La formule d’un
apprentissage complété par un enseignement théorique au dehors peut
donner de bons résultats. L’expérience, dans beaucoup de pays, montre
que cette formule convient aussi bien aux grandes entreprises qu’aux
P.M.E.
Répondre à la demande d’emplois, en promouvoir la création et
assurer l’organisation optimale de la société est la vocation
essentielle de la formation professionnelle, y compris le Ministère de
l’apprentissage, et ce qui en assure la qualité. L’enseignement
professionnel doit, entre autres, avoir pour tâche de regrouper et
réformer les écoles professionnelles et les centres de formation, de
manière à ménager les objectifs susvisés. La création des écoles
pluridisciplinaires de formation de cadres sera la clé de voûte de
cette grande réforme. Une partie des coûts de la formation devra être
couverte par les employeurs qui envoient leurs agents en formation.
Ces écoles auront une vocation africaine, voire tiers-mondiste et
seront ouvertes à tous les ressortissants africains plus
particulièrement les pays voisins.

c) Sciences, Technologie et Recherches

Le système national congolais de recherche n’a donné aucun résultat.
Ici et là, on a créé quelques îlots de recherche moderne ne s’appuyant
ni sur une large base de techniciens qualifiés, ni sur un public
informé, capable de mettre à profit les résultats éventuels de la
recherche. En outre, nous manquons de techniciens de niveaux
intermédiaires qui puissent être le support des travaux scientifiques
et techniques.

Pour améliorer la qualité de la recherche, il faudra une plus grande
interaction entre ceux qui utilisent et ceux qui produisent la
technique, et un engagement résolu de l’Etat en faveur de la science
et de la technique. Créer un environnement propice et encourager
l’esprit d’entreprise devront améliorer les choses. Les entreprises
privées doivent être associés à la gestion des instituts de recherche
dont le réseau doit être intensifié.
L’efficacité à long terme de notre infrastructure de science et de
la technique sera fonction de l’engagement du pouvoir de soutenir
constamment les instituts nationaux et régionaux de sciences et de
technique animés d’un souci d’excellence et d’utilité pratique.
L’excellence doit s’obtenir selon un processus ascendant par
l’amélioration de la qualité et de l’utilité pratique de l’ensemble de
notre système éducatif et par la reconnaissance du rôle que doivent
jouer nos universités dans la formation des futurs enseignants, le
rôle de chercheurs et celui des leaders intellectuels au sein des
universités.
Il n’y a pas de raccourci pour créer un environnement propice à la
recherche et à l’innovation. Cela exige aussi un appui continu de la
part des bailleurs de fonds étrangers. Ceux-ci devraient contribuer à
l’établissement des liens entre nos chercheurs et la communauté
internationale des hommes de sciences et de technique, cela aidera à
surmonter leur isolement et à renforcer la qualité de leur travail.

Nous devons viser trois niveaux:
– la technologie de pointe et son application au niveau des P.M.E et
aux besoins des villages ;
– intégrer la science et la technologie dans le développement en
mettant en place des dispositifs tripartites entre l’enseignement, la
recherche et la prestation des services ;
– l’acquisition d’une technologie intermédiaire moins coûteuse.

C. QUELQUES MESURES IMMÉDIATES : CONVOQUER D’URGENCE LES ÉTATS
GÉNÉRAUX DE L’ÉDUCATION
1. Les programmes
La création ou la réanimation d’un Centre d’Elaboration des
Programmes. Le corps des inspecteurs devra tenir compte, selon un
calendrier précis, de trois éléments du programme :
Le programme prévu (le contenu du programme d’enseignement ou la liste
des objectifs pédagogiques) ; le programme appliqué (ce que le maître
enseigne dans la pratique) ; le programme accompli (ce que les enfants
apprennent réellement).
Le Centre d’Elaboration des Programmes veillera aussi à l’étude
comparée des programmes des pays étrangers et à lier de près
l’évolution des programmes à celle de la société.

2. Les enseignants
Les conditions de travail : la revalorisation des salaires, tout en
veillant aux équilibres fondamentaux d’une économie en pleine
restauration et de revoir aussi les statuts qui régissent leur
travail.
Cette mesure est destinée à revaloriser l’image de l’enseignant et à
lui redonner cet enthousiasme perdu : créer un cadre juridique et des
facilités bancaires pour encourager la création des coopératives, d’un
centre d’assurance maladie et d’une caisse d’épargne.
La formation des maîtres : veiller à ce que progressivement le niveau
des enseignants soit post-secondaire (ISP et IST). L’organisation
systématique des stages des maîtres doit assurer une formation
pédagogique efficace.

3. Les installations éducatives et les matériels didactiques
La remise en état des écoles existantes et la construction de
nouvelles écoles ; ce qui suppose la mise en place des équipements
(tableaux noirs, bureaux, matériels pour les expériences scientifiques
et à long terme des équipements audio-visuels), les installations
sanitaires, l’alimentation en eau potable, l’éclairage, la ventilation
et les équipements des salles de classe.
La gestion des écoles implique la formation des chefs
d’établissements mais aussi la motivation des enseignants,
l’organisation de l’emploi du temps, l’allocation et l’obtention des
ressources financières. Les enseignants doivent créer un cadre de
travail et de consultation avec les parents afin que l’école devienne
une force positive et bien intégrée au sein de la communauté.
L’achat et la production des manuels scolaires.
L’instauration des bibliothèques et des centres de documentation et
d’information. Veiller à la formation des bibliothécaires
(post-secondaire).

4. Le réaménagement du temps scolaire
Pour réussir la formation d’un élève, il faut inclure dans son
capital un volume temporaire indispensable à toute acquisition des
connaissances. C’est la distribution réfléchie de ce temps qui
explique l’aménagement du cursus, de l’année scolaire et des horaires
quotidiens. Il est nécessairement lié au volume du savoir dispensé et
à la croissance de l’enfant.
On considère que ce temps scolaire est organisé en tenant compte de
l’histoire, de la culture, des saisons dans chaque pays du monde.
Cependant, le système actuel, servi par l’habitude, identique en
Europe et en Afrique (début septembre et fin juin ou juillet) ne doit
pas faire oublier son caractère extraverti, son origine imposée et son
fonctionnement, parfois, incompatible avec les traditions du pays.
L’Etat, formateur, ne doit pas éluder l’épineux problème d’absentéisme
scolaire qui tire aussi sa source de cette équivocité culturelle.
La coïncidence du temps scolaire avec les cultures congolaises
n’empêche pas l’attention qui doit être portée aux expériences
pédagogiques menées dans d’autres pays. On doit passer de l’uniformité
à un aménagement réfléchi du temps scolaire.

5. La création d’une ou des unités de contrôle
L’école rénovée ne pourra fonctionner que dans un espace politique
décentralisé où les initiatives des hommes comptent plus que le diktat
d’une administration tentaculaire et inefficace. Mais à tous les
niveaux et pendant de courtes périodes, des évaluations s’avèrent
indispensables pour le bon fonctionnement de tout le système. Les
contrôles seront réalisés par corps d’inspection : le corps de
contrôleurs des installations éducatives ; le corps de contrôleurs
administratifs et financiers, travaillant en collaboration étroite
avec le ministère des Finances, le corps des inspecteurs
pédagogiques.

D. LE FINANCEMENT DE L’ECOLE CONGOLAISE
Lors de l’organisation des Etats généraux de l’éducation que nous
souhaitons de tous nos vœux, on pourra examiner des financements
innovants mais qui ne pourront être que des compléments à la
mobilisation des recettes publiques par les régies financières.

Je renvoie ici le lecteur aux recommandations faites par l’ODEP dans
ses différents rapports pour l’amélioration de la gouvernance
budgétaire actuellement assise sur des nombreuses faiblesses (voir le
rapport de l’ODEP du 4 janvier 2021 sur le contrôle citoyen de
l’exécution du budget global et des dépenses publiques pro-pauvres
pour la période de 2017-2019, pages 69-71).
Professeur Florimond
MUTEBA TSHITENGE

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