RDC – Rapport onusien : ne pas chanter la victoire avant le temps

(Opinion de Lembisa Tini, PhD)
La toute récente mise à jour (l’addendum) du dernier Rapport (juin 2022) du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC défraye la chronique à Kinshasa. En effet, il y est fait état de « preuves solides » de la présence militaire rwandaise sur le territoire congolais et contre les intérêts sécuritaires de la RDC. Très vite, le porte-parole du Gouvernement congolais crie à la « victoire diplomatique » de Kinshasa. Pour avoir maintes fois lancé l’alerte, depuis novembre 2021, sur des actes d’agression certifiés par les experts onusiens, je me permets d’attirer patriotiquement l’attention de mon Gouvernement sur la nécessité de mieux ficeler ses dispositifs diplomatiques pour espérer remporter la victoire, non encore acquise.

Quelques éclaircissements

De un. Le Groupe d’experts des Nations Unies présente annuellement deux rapports au comité du Conseil de sécurité sur la RDC. Il s’agit du rapport à mi-mandat et du rapport final, qui sont rendus publics. Excepté les mois au cours desquels sont présentés ces deux rapports, le Groupe d’experts procède mensuellement à des mises à jour (addenda) revêtant un caractère confidentiel, puisqu’uniquement destinées aux membres du conseil de sécurité.
Les rapports final et à mi-mandat donnent généralement lieu à des réunions formelles de cet organe des Nations Unies. Ce qui n’est pas le cas pour les addenda qui ne peuvent faire l’objet d’une session du Conseil de sécurité qu’à la demande expresse d’un Etat membre. La RDC n’y siégeant pas, pour l’heure, il lui faudrait plaider auprès des membres du Conseil pour obtenir une réunion formelle axée sur l’examen de la dernière mise à jour du Rapport de juin faisant état de la
présence et des opérations militaires du Rwanda sur le territoire congolais.
Selon des sources diplomatiques basées à New York, aucune réunion du Conseil de sécurité n’est encore – programmée sur la situation en RDC, à la lumière de cet addendum. La diplomatie congolaise doit à cet effet s’employer plus activement pour obtenir la convocation d’une session formelle dudit conseil. Sinon, cet addendum risque de ne pas être suivi d’effets, au grand dam de Kinshasa. A l’instar de tant d’addenda inconnus du grand public.
De deux. Les experts onusiens établissent les faits dont la qualification relève de la responsabilité du Conseil de sécurité. Une chose est de noter que ces experts font état de «preuves solides» des opérations militaires du Rwanda sur le territoire congolais. Une autre est, pour Kinshasa, de persuader les membres du Conseil de sécurité de considérer ces opérations militaires comme des actes d’agression. Ceci
n’est pas une sinécure. En effet, les motivations des actes constatés, blâmables sont-ils, peuvent susciter, au sein du conseil, des perceptions contraires au bon sens, du reste d’une relativité sans limite. Le Rwanda, à la suite d’Israël, inscrit sa ligne de défense sur le très controversé « droit de légitime défense préventive ».
« Le Groupe (d’experts) a en outre obtenu des preuves solides de la présence et opérations militaires menées par des membres des Forces Rwandaises de Défense (RDF) dans le territoire de Rutshuru, où des membres de RDF ont attaqué les positions des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et fourni son soutien aux opérations M23/ARC », peut-on lire dans cette récente mise à jour. Pendant que la RDC insiste sur le « fourni soutien aux opérations M23/ARC », le
Rwanda avance son obligation et sa détermination de combattre les FDLR, actives dans l’Est de la RDC, y compris sans l’accord de cette dernière.
La vérité objective n’ayant pas de portée absolue dans l’analyse stratégico-diplomatique des faits sociaux, la RDC devra peaufiner ses éléments de langage selon une pluralité de rationalité pour réussir à persuader suffisamment les membres du Conseil de sécurité de condamner le Rwanda et de l’obliger de changer radicalement sa politique à l’égard de son pacifique voisin congolais.
En sus, les experts disent aussi avoir documenté, côté RDC, des « propos de haine et d’incitation à l’hostilité et à la violence ciblant les populations rwandophones, entraînant parfois des actes de violence contre les membres de ces populations ». Il y est indiqué des « alliances » forgées par certains membres des FARDC avec des groupes armés engagés, sur cette base, dans la lutte contre le M23. Ces genres de détails ne doivent pas échapper à l’extrême attention des analystes du Gouvernement sous peine d’exposer le pays à une verve du Rwanda
susceptible de réduire à quia.

De l’anticipation
Dès lors, la RDC ferait œuvre utile de prendre urgemment des mesures dictées par les circonstances pour se mettre à l’abri d’éventuelles perceptions négatives des membres du Conseil de sécurité, concernant des actes négatifs posés par des citoyens congolais identifiés dans l’addendum. Sur le plan diplomatique, Kinshasa doit convaincre l’Afrique de la soutenir dans cette lutte au Conseil de sécurité. A cet effet, il doit impérativement négocier et obtenir le soutien des A3 (les trois pays africains siégeant présentement au conseil de sécurité, à savoir : le Gabon, le Ghana et le Kenya). Ces préalables lui permettront de mieux s’y prendre face au lourd défi de faire vibrer les cinq permanents du Conseil de sécurité.
L’immensité de la tâche suggère de ne pas chanter la victoire avant le temps.
Lembisa Tini (PhD)
Rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur la République Démocratique du Congo
Districts de Musanze et Burera, Rwanda, le 23 mai 2022
25. Le 23 mai 2022, le gouvernement rwandais a signalé des
bombardement par les FARDC sur son territoire à Kinigi et Nyange,
Musanze district et à Gahunga, district de Burera (voir annexe 5 et
par. 52). La EJVM a signalé un total de huit roquettes de 122 mm
tirées sur le territoire Rwandais, blessant grièvement deux civils et
endommageant des infrastructures (voir annexe 5). 24 L’EJVM, qui a
mené des enquêtes sur place, ne pourrait cependant pas établi
l’origine du pilonnage d’artillerie.
26. Selon trois sources indépendantes, dont deux proches aux groupes
armés actifs dans le territoire de Rutshuru, « Colonel »
Ruvugayimikore Protogène, alias Ruhinda, des FDLR (voir S/2022/479,
annexe 40) a ordonné le bombardement des villages rwandais par ses
troupes. Contacté par le Groupe, le porte-parole des FDLR a nié
l’implication des FDLR dans le bombardement.
Le Groupe a poursuivi ses investigations pour identifier l’origine de
ces bombardements d’artillerie qui ont frappé les districts de Musanze
et de Burera 26 ainsi que ceux responsable de l’ordre et/ou de
l’exécution du bombardement. Le Groupe note que les FARDC ont une
capacité de 122 mm, mais que ce type de munition d’artillerie n’a pas
(encore) été documentée par le Groupe avec les FDLR.

Biruma, territoire de Rutshuru, le 10 juin 2022
27. Le Groupe a documenté le bombardement à Biruma et Kabaya le 10
juin 2022, non loin de Katale le 23 mai 2022. Deux garçons, âgés de
six et sept ans, jouant sur le terrain de foot de l’école Saint
Gilbert à Biruma, ont été tués sur place par les bombardements. Un
autre jeune garçon a été blessé, et des maisons civiles et une
plantation de banane voisine ont été endommagées (voir annexe 6). A la
demande du Groupe, des fragments de roquettes de 122 mm ont été
collectés et documentés sur place par
des sources de la société civile (voir annexe 6).
28. Des sources FARDC, sources sécuritaires, autorités locales et
témoins oculaires ont rapporté que les roquettes avaient dépassé le
camp des FARDC à Rumangabo. Compte tenu de la portée de 20 km des
roquettes de 122 mm et leur sens de déplacement, les frappes de 122 mm
pouvaient provenir soit d’une position du M23/ARC sur le territoire de
la RDC ou depuis le territoire du Rwanda.
D’autres investigations sont nécessaires pour déterminer l’emplacement
exact du poste d’artillerie.
C. Des tueries délibérées commises par des combattants du M23/ARC
29. Les combattants du M23/ARC ont délibérément tué au moins 25 civils
dans plusieurs sites sur le territoire de Rutshuru depuis mars 2022,
dont des tueries collectives dans les localités de Ruvumu et Ruseke.
31 Les victimes étaient sommairement exécutées ou abattues alors
qu’elles tentaient de s’enfuir.

Meurtres à Ruvumu le 21 juin 2022
30. Le 21 juin 2022, des combattants du M23/ARC ont tué au moins 13
civils,dont trois enfants – une fille de huit ans, un garçon de onze
ans et un adolescent mineur –, deux femmes et plusieurs personnes
âgées, à Ruvumu, Territoire de Rutshuru, à quelques kilomètres de
Runyoni et de la frontière du Rwanda. Les meurtres ont été perpétrés à
la suite d’une attaque du M23/ARC, qui visait initialement les
positions des FARDC à Ruvumu et Bikenge, et après de violents combats
qui avaient obligé les troupes des FARDC à décrocher.
31. Selon les témoins oculaires interrogés par le Groupe, M23/ARC les
combattants tiraient sur leurs victimes à bout portant, parfois après
les avoir attachées, et aussi pendant qu’elles tentaient de
s’échapper, comme ce fut le cas pour une fille de 8 ans. Des
combattants du M23/ARC ont poignardé l’adolescente mineure.
32. Les témoins oculaires ont décrit les combattants comme portant une
tenue militaire – que certains ont décrit comme ayant l’air neuf –
différent des uniformes des FARDC, casques et gilets pare-balles,
comme tous porteurs d’armes, et comme parlant Kinyarwanda (voir aussi
par. 36 et 53).
33. Le M23/ARC a nié la commission des meurtres et a plutôt accusé les
groupes armés FDLR et Nyatura (voir annexe 8). Le Groupe a reçu
des informations selon lesquelles des combattants du M23/ARC ont
commis les meurtres en représailles au soutien des habitants de Ruvumu
aux FARDC, mais rien ne confirme cette information.

Meurtres à Ruseke le 11 juillet 2022
34. Le 1er juillet 2022, des combattants du M23/ARC ont tué au moins
huit civils, dont une femme et une fille de seize ans, et blessé deux
autres civils, dont un garçon de treize ans, dans une maison à Ruseke,
dans le territoire de Rutshuru, près de Ntamugenga.
35. Les témoins oculaires et les victimes interrogés par le Groupe ont
expliqué qu’ils faisaient partie d’un groupe estimé à une vingtaine de
personnes, dont deux femmes, une fille et un garçon, tous déplacés par
la crise du M23/ARC, au moment d’aller chercher la nourriture, lorsque
les combattants du M23/ARC les ont arrêtés à Ruseke.
Après les avoir tous forcés d’entrer dans une maison du village, un ou
deux des combattants du M23/ARC leur ont tiré dessus depuis
l’intérieur de la maison, tandis que d’autres combattants entourant la
maison ont également tiré et empêché les civils à l’intérieur de
s’échapper. Les combattants du M23/ARC avaient auparavant enlevé une
victime de la maison et essayé de la tuer avec une hache, mais elle a
réussi à s’échapper bien qu’elle ait été touchée par une balle. Après
la fusillade, le commandant du M23/ARC a dit aux survivants d’amener
ceux qui étaient encore en vie au centre de santé le plus proche.
36. Les témoins oculaires et les victimes ont fourni une description
des vêtements, des armes et du langage des combattants, semblable à
celui de ceux qui ont tué les civils de Ruvumu (voir par. 32 et 53).

D. Incursions des Forces de défense rwandaises, et soutien au M23/ARC

37. Le Groupe a obtenu des preuves solides des opérations militaires
menées par des membres des FDR dans le territoire de Rutshuru entre
novembre 2021 et juillet 2022. Les membres des FDR ont mené des
opérations contre les positions des FDLR et apporté leur soutien aux
opérations du M23/ARC, par exemple lorsque le M23/ARC et les RDF ont
attaqué conjointement le camp des FARDC à Rumangabo (voir par. 16, 46,
52 et 58) et lorsque le M23/ARC a pris contrôle de la ville
frontalière stratégique de Bunagana (voir par. 41, 46 et 54).
38. Des témoins oculaires, des sources des FARDC, des acteurs de la
société civile et des autorités interrogées par le Groupe à Kibumba et
Buhumba, territoire de Rutshuru, ont signalé que le 24 mai 2022, un
grand nombre de soldats des RDF marchant en colonnes, arrivés du côté
de la frontière rwandaise et sont entrés en RDC par au moins quatre
points d’entrée,
à savoir Kabuhanga, Chegera, Kibaya et Kasisi. Les troupes RDF ont
occupés plusieurs positions dans la zone de Kibumba, dont certaines
ont été inspectées par le Groupe, et coupé la RN2 pendant plusieurs
jours. EIles ont attaqué et délogé les FARDC de leurs positions le
long de la RN2 entre Kibumba et Kibati, et mené des opérations contre
les FDLR (voir par. 44).
39. Quatorze témoins oculaires interrogés par le Groupe ont identifié
des hommes en uniforme, estimés à environ 900 à 1000 en tant que
membres des RDF en raison de leurs équipements et uniformes militaires
distincts, de leur organisation structurée, de leur modus operandi et
de la langue parlée. Une vidéo du 25 mai 2022 montre clairement
jusqu’à 51 soldats RDF marchant dans le cadre d’une colonne et portant
un soldat blessé. Le Groupe s’est rendu dans la région et identifié le
lieu précis où la vidéo a été filmée (voir annexe 9).
40. Des images aériennes supplémentaires et des preuves
photographiques ont confirmé la présence des soldats des FDR également
dans d’autres zones du territoire de la RDC, y compris villages, zones
frontalières et positions du M23/ARC. Par exemple, le Groupe obtenu
des preuves photographiques des soldats des RDF dans un camp du
M23/ARC sur le Mont Visoke le 21 novembre 2021. Les soldats des RDF
étaient équipés des armes et tenues militaires sur lesquelles figure
au moins un drapeau rwandais visible (voir annexe 10; et S/2022/479,
par. 67). Cinq ex-combattants du M23/ARC
ont également signalé avoir vu des soldats des RDF au sein du M23/ARC.
Des images aériennes du 27 juin 2022 montrent également des hommes
armés portant des tenues militaires et des armes similaires à celles
des RDF, sur une colline fortifiée de Tchengerero, qui était alors
sous le contrôle du M23/ARC (voir annexe 10).
41. En outre, à plusieurs reprises, des images aériennes ont montré
des colonnes jusqu’à 500 hommes armés dans les environs de la RDC, du
Rwanda et de la frontière ougandaise, se déplaçant de manière très
organisée et portant des tenues et équipements militaires standardisés
(uniformes et casques très similaires à ceux des RDF, des sacs à dos
et des armes personnelles). Par exemple, le 28 mai 2022, un drone a
repéré une colonne d’environ 500 hommes équipés d’armes et portant des
uniformes standardisés, des sacs à dos et casques se déplaçant de
Runyoni vers la frontière rwandaise (voir annexe 10).
Le 13 juin 2022, jour de l’assaut du M23/ARC sur Bunagana, un drone a
repéré environ 200 hommes, tous équipés d’uniformes similaires, armes
et sacs à dos, se déplaçant de Bunagana à Tchanzu (voir annexe 10).
Le 3 juillet 2022 à Runyoni, qui était sous le contrôle du M23/ARC,
une colonne d’environ 80 hommes équipés d’uniformes standardisés et
armes, a également été observée (voir annexe 10).
42. Ces images suggèrent soit que ces éléments appartenaient au RDF,
ou que le M23/ARC a reçu une formation militaire et un équipement
standardisé d’une armée régulière. Les images prises le 3 juillet 2022
montrent au moins 14 hommes en uniforme portant un nombre important
d’objets en forme de tube – la plupart probablement des roquettes de
107 mm – se déplaçant entre Runyoni et Tchanzu, où ils ont placé les
objets dans un endroit qui semble être une petite grotte (voir annexe
10). Même si le Groupe n’a pas pu corroborer l’origine de ces
roquettes au moment de la rédaction, le fait que le M23/ARC ait pu
soutenir des combats intenses sur plusieurs fronts à la fois et
pendant plusieurs semaines suggère clairement, au vu des munitions,
mouvements d’artillerie, d’armes, l’engagement de RDF dans des
opérations en RDC.
43. Les RDF, soit unilatéralement, soit conjointement avec des
combattants du M23/ARC, sont engagés dans des opérations militaires
contre des groupes armés congolais et positions des FARDC (voir aussi
S/2022/479, par. 60 et 62), et ont fourni des renforts au M23/ARC pour
des opérations spécifiques, notamment ceux-ci visaient à s’emparer des
villes et de zones stratégiques.
44. Fin mai et début juin 2022, les FDR ont mené des opérations contre
les FDLR/Forces Combattantes Abachunguzi (FOCA) et RUDUrunana près de
Kibumba, dans la zone située entre le Nyamulagira et les volcans
Nyiragongo, et contre le Collectif des mouvements pour le changement
/Forces de Défense du Peuple (CMC/FDP) dans les environs de Rugari et
Rumangabo. Le 2 juin 2022, un groupe d’environ 290 soldats des RDF ont
enlevé quatre civils près de Rugari et près de la forêt de Mikeno, et
forcé les civils à leur montrer le chemin vers le camp FDLR de «
Colonel» Ruhinda et transporter les affaires des soldats RDF. Un
Rwandais civil utilisé comme éclaireur par les RDF pendant l’opération
a informé les personnes enlevées que cette opération était la
troisième sur le territoire de la RDC visant à tuer Ruhinda. Les RDF
ont été pris en embuscade au moins deux fois par les FDLR, tuant
l’une des personnes enlevées et blessant au moins un soldat des FDR
(voir annexe 9 qui montre un soldat RDF blessé transporté sur la
deuxième photo).
L’opération contre les FDLR a duré trois jours. Le troisième jour, les
militaires RDF ont forcé les personnes enlevées à leur montrer la
route de Kibumba. Les personnes enlevées ont été libérées dans la
forêt de Mikeno, juste avant que les troupes des RDF ne traversent la
frontière avec le Rwanda.
45. Le 24 mai 2022, les troupes des RDF ont attaqué la position des
FARDC sur la colline Nyondo à Kibumba (voir aussi par. 38). Selon des
FARDC, les sources du renseignement, des chercheurs et la MONUSCO,
cette opération a été menée par les troupes des RDF de la 3e division
sur instructions du général de division RDF Alexis Kagame. Un jour
plus tard, le 25 mai 2022, une autre attaque a touché la position du
8ème régiment des FARDC située
sur la colline Kasinga à Kibumba. Selon des sources des FARDC et de la
MONUSCO, 35 combattants du M23/ARC ont été utilisés comme mandataires
par la 3ème division RDF lors de l’attaque contre les camps des FARDC.
Des sources FARDC, des sources de renseignement et les autorités
locales ont signalé que 20 soldats des FARDC et des officiers ont été
tués lors des attaques.
46. Le 25 mai 2022, des combattants du M23/ARC qui ont attaqué le camp
des FARDC de Rumangabo et reçu un renfort substantiel des FDR sur le
front de bataille. Cela a été rapporté au Groupe par des sources des
FARDC, des autorités locales et trois chefs de groupes armés, et
pourrait être corroborée par le Groupe car des éléments de preuve ont
été laissés dans la région (voir par. 58 à 60). Le groupe a également
reçu des rapports cohérents sur la présence des RDF à Bunagana le 12
juin 2022, lorsque cette ville frontalière stratégique a été prise et
occupée par M23/ARC (voir par. 17 et 37). Les images de ce jour-là
montre en uniforme sdes hommes transportant du matériel militaire
connu pour être utilisé par les RDF (voir par.
54), tels que les casques balistiques composites avec supports de
visée, type 81-1
fusils d’assaut et grenades à fusil antipersonnel correspondantes
(type 90) et gilet pare-balles (voir annexe 11). Le Groupe conclut
donc que soit des militaires RDF étaient présents à Bunagana en appui
au M23/ARC, ou que l’équipement des soldats des RDF a été transféré
aux combattants du M23/ARC déployé à Bunagana.

Des soldats des RDF arrêtés sur le territoire de la RDC
47. Depuis janvier 2022, au moins quatre soldats des RDF ont été
arrêtés sur le territoire de la RDC.
48. Le 28 mars 2022, le porte-parole du gouverneur militaire du
Nord-Kivu, le général Ekenge, a rapporté publiquement l’arrestation de
deux militaires RDF, Jean-Pierre Habyarimana et John Uwajeneza Muhindi
de 402ème brigade et du 65ème bataillon. Les deux hommes ont été
interrogés par le Groupe en février 2022 (voir S/2022/479, par. 71 et
72 et annexe 39).
49. Habyarimana a indiqué qu’il appartenait au 65e bataillon et qu’il
était recruté par un dénommé « Mukundwa» aux côtés de 30 autres civils
et des soldats des RDF le 10 novembre 2021 au Rwanda, d’où ils étaient
transportés à Kisoro, une ville frontalière avec l’Ouganda, et amenés
dans un Camp M23/ARC sur le mont Sabinyo. Dans le camp, les nouvelles
recrues étaient munis d’uniformes similaires à ceux des FARDC.
Habyarimana a dit au Groupe qu’en novembre 2021 et janvier 2022, à
trois reprises, il a participé à des opérations de combat contre des
positions des FARDC et de l’Institut congolais pour la conservation de
la nature (ICCN) autour de Tchanzu/Runyoni, Bukima et Ngugo (voir
S/2022/479, annexes 27 à 29)45.
Habyarimana a été arrêté par les FARDC fin janvier 2022.
50. Uwajeneza Muhindi a indiqué qu’en novembre 2021, il avait été
recruté à Kigali, amené dans un camp du M23/ARC sur le mont Sabinyo,
et qu’il faisait partie des opérations de combat contre les positions
des FARDC à Nyesisi et ses environs, au cours de laquelle le colonel
FARDC Ndume Baganyigabo a été exécuté par le M23/ARC et entre 40 et 49
membres des FARDC ont été tués (voir S/2022/479, annexe 28). Il a
déclaré que cette opération était dirigée par « Colonel » Yusufu
Mboneza Gatimisi, commandant opérationnel du M23/ARC, qui aurait été
grièvement blessé au combat en mai 2022 et se trouve hors de combat
depuis lors. 46 Uwajeneza Muhindi a été arrêté par les forces armées
du groupe CMC/FDP en janvier 2022 et remis aux FARDC (voir S/2022/479,
par. 72). Il a exprimé des inquiétudes pour sa sécurité physique s’il
était transféré au Rwanda.
51. Alors que le Gouvernement rwandais a réfuté les propos du
porte-parole sur le soutien rwandais au M23/ARC (voir S/2022/479, par.
72 et annexe 39) et a nié que ces deux hommes capturés étaient des RDF
membres actifs, le Gouvernement rwandais a reconnu que les deux autres
hommes arrêtés étaient des soldats des RDF.
52. Le 28 mai 2022, deux soldats des RDF 47 en tenues militaires et
porteurs d’armes (voir annexe 12) ont été capturés par la population
locale, à proximité à Biruma, et remis aux policiers de la RDC qui les
ont arrêtés. Dans deux communiqués officiels, les RDF ont affirmé que
les deux soldats avaient été kidnappés conjointement par les FARDC et
les FDLR, alors qu’ils patrouillaient le long de la frontière (voir
annexe 12). Cependant, des témoins oculaires et des sources de la
société civile ont signalé au Groupe que lors de leur arrestation, les
deux soldats des FRD ont déclaré qu’ils avaient été impliqués dans des
opérations militaires contre le camp des FARDC à Rumangabo (voir par.
16, 37 et 46). L’EJVM à son tour a rapporté que les deux soldats des
RDF ont déclaré avoir été envoyés en reconnaissance sur le territoire
de la RDC avec sept autres personnes commandées par le Second
Lieutenant Habarurema pour identifier la position de l’artillerie qui
avait touché Kinigi au Rwanda le 23 mai 2022 et identifier « l’ennemi
» responsable de ce bombardement (voir par. 25 et 26)48. L’arrestation
des deux soldats des FRD sur le territoire de la RDC est confirmée par
des preuves photographiques/vidéo, témoignages oculaires, sources
FARDC et MONUSCO. Les deux soldats RDF ont été retransférés aux
autorités rwandaises début juin 2022 à la suite de la médiation menée
par l’Angola.
E. Armement et uniformes du M23/ARC, équipements militaires trouvés ou
récupérés dans les zones occupées par le M23/ARC et/ou des zones où
les incursions RDF étaient documentés.
53. Des preuves photographiques et des séquences vidéo montrent que
depuis au moins juin 2022, les dirigeants et combattants du M23/ARC
portent de nouveau des tenues de combat, ainsi que des casques en
Kevlar et des gilets pare-balles. Les casques et gilets pare-balles
sont du même type que ceux utilisés par les RDF, y compris pendant les
opérations RDF au Mozambique. Le motif de camouflage des uniformes est
similaire à l’uniforme RDF standard, mais pas exactement les mêmes
(voir annexe 13).
A SUIVRE

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